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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #évasion, #avignon

"Prison : endroit d'où l'on s'évade"  Michel Vaujour

 

Voici la suite du récit de l'évasion du détenu Elisa de la Prison d'Avignon racontée par Alain H., le maton...

 

C'est vers 11h20 que Monsieur Guigou, qui conduisait le camion chargée d'un palette de tuiles où s'était caché un détenu, a téléphoné à la Directrice de la Prison d'Avigon pour l'avertir. Il lui a aussi informé qu'il s'agissait d'un certain Elisa, celui-ci lui ayant pris soin de lui décliner son nom.

 

Lire : Chapitre 1 : La Tuile ! Elisa s'est fait la Belle
 

La directrice m'a alors immédiatement fait prévenir. J’ai alors tout de suite bloqué tous les mouvements au sein de la prison et j'ai demandé qu'on organise un contre-appel.


Dans le même temps je me suis rendu au greffe pour y chercher le dossier d'Elisa.

Ensuite, sur l'ordinateur, j’ai pu localiser sa cellule. J’ai appelé alors le surveillant d'étage - Albin - pour lui demander de s'y rendre. C’est ainsi qu'il m’a fait part de sa stupéfaction de s'apercevoir qu'il ne figurait pas sur le panneau de l’effectif affiché dans le couloir, ni bien sûr dans sa cellule !


Le petit malin d'Elisa avait pris soin d'enlever son nom et de modifier l’effectif à l’étage – un simple tableau accroché au mur ! et son co-détenu en cellule s'était bien gardé de signaler son absence.


Dans l'atelier


Plus tôt dans la matinée, avant que je vienne récupérer la palette destinée à Guigou, Hamidou un détenu travaillant à l'atelier s'était dépêché de finir de tout bien préparer.

 

Il avait bien vu que quelqu’un s'était planqué au milieu des tuiles, mais il n’avait pas pu ou pas voulu balancer devant tous les autres détenus. Il craignait les conséquences pour lui, aussi bien dedans que dehors.
 

Comme il l’a précisé lors de l’enquête (voir Rapport d'enquête) , il avait vu Elisa poser les cartons sur la palette en aménageant un vide au milieu pour s'y glisser...

La camera située dans les ateliers, offrait plein d’angles morts, en particulier à l'endroit par où entraient et sortaient les détenus, Elisa avait pu agir sans être vu.

Quant aux autres détenus présents, ils ont sûrement aidé à empiler les cartons.

Enfin, la palette a été filmée, bâchée. Et... le tour était joué : Elisa, s’est fait la belle sous mon nez et celui des agents de la porte qui eux non plus n’ont pas contrôlé le véhicule à la sortie.


Elisa s'est armé... d'ingéniosité

Cette matinée-là, dans l'atelier, Elisa avait aussi, semble-t-il, modifié la liste d’outils. Cette liste était affichée au dessus de la caisse à outils, au vu et su de tout le monde.

Il avait dérobé un tournevis – considéré comme une arme de cinquième catégorie -, en changeant sur la liste le nombre de tournevis... (pièce 4)

Pourtant j'avais bien pris soin de vérifier l’inventaire des outils, à la fois le matin en entrant dans l’atelier et aussi quand j'ai été récupérer le groupe en fin de matinée. Il s'agissait-là d'une règle élémentaire de sécurité.

 

Mais par quel moyen aurais-je pu deviner le subterfuge de la rectification de la liste ? Comme le nombre d'outils sur la liste correspondait bien au nombre d'outils dans la caisse, je ne me suis pas méfié. (Voir pièce jointe : Lettre d'explication d'Alain H.)

De plus, Elisa avait pris le temps de se fabriquer un couteau de conception artisanale. C'est avec ces armes qu'il aurait menacé le concessionnaire Guigou.


11 heures : il est temps de remonter les détenus en cellule

Ce jour-là, au niveau des responsables présents sur l'établissement, en plus de la Directrice, il n'y avait que moi et un autre gradé : le chef de poste brigadier.

A 11h05, les détenus auraient dû normalement quitter l'atelier pour remonter en cellule, sous l'autorité de ce gradé.

A 11 h 10, je reçois un appel du surveillant d’étage - Albin - qui me réclame ses détenus. Personne n'est venu les récupérer : ni un agent, ni le chef de poste.

Celui-ci devait être en train de servir la gamelle au Quartier disciplinaire (ou peut-être était-il avec la Directrice dont il était, selon certains, l'amant...)


Pendant ce temps, les détenus (moins Elisa, bien sûr) attendaient sagement à l'atelier qu'on vienne les chercher.

C'est moi qui y suis donc allé les chercher et qui les ai conduits jusqu'à l'étage. Pourtant, ce travail était normalement celui du chef de poste ou bien d'un surveillant.

 

(Durant l’enquête, je n’a pas voulu l'impliquer et dire qu'il n'avait pas fait son travail...)

Albin, le surveillant d'étage qui avait remplacé celui du matin, a récupéré le groupe vers 11 heures 15. Il ne pouvait pas savoir lui non plus qu’il manquait quelqu’un à l'effectif. Les détenus ont tous rejoint leur cellule... sauf Elisa


Difficile de compter ses moutons

 

Le matin, un contrôle avait bien été effectué à l’étage par le surveillant, lors du départ des détenus vers l’atelier. Mais en passant dans le couloir, devant le panneau de l’effectif, Elisa avait dû enlever son nom. Le tableau de l’effectif était alors accessible à tout le monde y compris les détenus ! Facile alors de modifier l'effectif et de rayer son nom !

 

Le contrôle précis des effectifs pendant le temps des ateliers était devenu impossible. Le surveillant affecté à l’atelier avait été enlevé de son poste plusieurs mois auparavant.

Il a été affecté à la surveillance des promenades sur la passerelle. Cela laissait les détenus dans l'atelier sans surveillance.


Le règlement était pourtant formel : le contrôle d’effectif ne pouvait être effectué que par un gardien continuellement présent sur l’atelier. (Pièce ci-jointe - Cliquez pour agrandir)

 

Bien entendu, après-coup, après cette évasion, un agent à été remis à la surveillance l’atelier.

 

Lorsqu’un détenu de l’atelier était appelé au parloir famille, ou par son avocat, un agent venait le chercher et souvent après le parloir, il remontait directement en cellule, sans repasser par l'atelier. Personne ne notait ces allées et venues. Il pouvait donc manquer un, voire plusieurs détenus, entre l'effectif du matin qui était descendu et celui qu'on remontait à 11 heures.



Une évasion par ruse ou par menace ?

Je dirais que c’est une évasion par ruse, car au bout du compte, Elisa n’a fait de mal a personne, même si Hamidou a été menacé de mort (s'il s'était avisé de le dénoncer), et même si Guigou, le chauffeur du camion aurait pu être molesté s'il avait tenté de résister.

 

Comme le rapportent les coupures de presse de l'époque, Elisa a ensuite été relaxé par la Justice pour cette évasion : "Le code de procédure pénale ne sanctionne pas l'évasion par la ruse..." (Coupures de presse - Le Provençal - ci-dessus  (cliquez pour agrandir) et ci-dessous)

 

LIRE LA SUITE : UNE EVASION EN AVIGNON (3) LE MAILLON FAIBLE

 

(Tous les noms cités sont fictifs, mais l'histoire, elle est bien réelle. Texte écrit et validé par Alain H.)

Une évasion en Avignon (2) Chercher l'Erreur

A gauche : Explication d'Alain H.   A droite : Rapport d'enquête : Témoignage du détenu Hamidou

(Cliquez sur les images pour agrandir)

 Ci-dessus : Porte donnant accès sur le quai

Ci-dessus : Porte donnant accès sur le quai

 

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ET BIEN D'AUTRES SUR :

LA BELLE ET LE PRISONNIER :

RECITS D'EVASIONS

 

 

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