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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #évasion, #maton

"Prison : endroit d'où l'on s'évade"  Michel Vaujour
 
Voici la suite et la fin du récit de l'évasion du détenu Elisa de la Prison d'Avignon racontée par Alain H., le maton...

 

La Tuile ! Elisa, détenu à la Prison d'Avignon s'est évadé... (Chapitre I)

Comment ? Pourquoi ? C'est ce que j'ai tenté d'expliquer (Chapitre II).

J'ai appris ma mise en cause par la Directrice le jour-même de l'évasion :

    LIRE : Le maillon faible

 

 

Dans les quarante-huit heures, j'ai rendu la demande d'explication que me demandait Madame Bouraque, la Directrice.

Quatre ou cinq mois plus tard, je ne me souviens plus très bien, j’ai reçu une convocation en conseil de discipline à la Capitale pour la toute fin de l'an 2000. J'étais convoqué à 10 heures, Rue Renard, non loin de Notre Dame de Paris, cela je m’en souviens.

 

Durant tout ce temps, j’ai nourri beaucoup de rancœur contre Madame Bouraque, la directrice. Elle qui n'avait pas hésité à me jeter l’opprobre pour tenter de me salir. J’ai eu et j’ai toujours de la haine contre Rantanplan, mon supérieur, qui m’a dit un jour en aparté dans son bureau : « Pour faire ma carrière je suis prêt à écraser tout le monde... »

 

Le voyage à Paris

Je suis monté en compagnie de mon collègue, le surveillant d'étage Albin qui lui aussi avait été mis en cause dans cette affaire. La directrice n’a pas voulu tenir compte qu’il s’occupait en même temps de deux étages pour pallier au manque d’effectif chronique. C'est cela qu'il a évoqué pour étayer sa défense

Nous sommes partis ensemble pour la journée, en TGV à six heures du matin d'Avignon. Nous sommes arrivés à Paris vers 9 h 45. Nous étions tout les deux très angoissés, la 'montée au tapis vert à Paris impressionne toujours', même si on n’a rien à se reprocher.

Le voyage ne fut donc pas très folichon. Pendant le trajet, Albin et moi, nous avons parlé de tout et de rien, de notre vie et de notre affaire. 

Nous tentions de nous rassurer, en nous disant que nous devions avoir confiance en notre avocat et en notre syndicat.

Nous sommes redescendus le soir même. Nous étions de retour en Avignon à 21 heures.

 

J'étais convoqué à 10 h 45, Albin, lui devait passer à 14 heures.

 

Arrivés à Paris, nous nous sommes rendus au siège du Syndicat FO-Justice où nous avons été reçus par le Secrétaire national et l’avocat du syndicat. C'est lui qui nous a défendus. Les deux hommes connaissaient notre dossier.

Albin et moi, nous nous n'avons pas été jugés ensemble. C'est moi qui suis passé en premier. A 11 heures, mon cas été réglé. Nous sommes ensuite allé manger au restaurant du Ministère. Comme j’avais été relaxé on se doutait que pour Albin cela ne serait qu’une formalité. Le repas a donc été plus léger à avaler.

Avant de repartir, nous avons acheté des souvenirs de Paris pour nos familles et nous avons été mettre un gros cierge à Notre Dame de Paris pour la remercier de sa bienveillance. Sans être nécessairement fervent croyant cela nous a fait du bien...

 

 

La commission de discipline est un tapis vert

Après nous être entretenus avec l'avocat, nous sommes rendus au Ministère. Là, nous avons été conduits dans une petite pièce réservée aux syndicats. Il était dix heures, je suis passé à 10h30, j'ai donc dû patienter trente minutes. Ensuite ça se passe très vite : l'audience, le délibéré ainsi que le prononcé de la sentence, tout est réglé en une heure. La Commission de discipline n'avait pas que nous à juger ce jour-là. D'autres personnes, venus de toute la France étaient convoquées. Le matin, on jugeait les gradés, l’après- midi les surveillants de base...

Il est 10h30. Je pénètre dans une grande salle rectangulaire, toute froide. Au centre : une grande table de quinze mètres sur trois et des chaises. Pas d'autre mobilier. Autour de la table, sur chacun des grands cotés sont déjà assis les représentants syndicaux, à gauche, et, en face, les Autorités pénitentiaires. Tout au bout, trône le président de séance, accompagné de ses assesseurs. Ils représentent le Ministre de la justice.

Pareil à un accusé, on m'a fait asseoir en face du Président, à l'autre bout de la table. Je suis assisté de notre avocat et du Délégué national du Syndicat. J’avais préparé mon 'procès' avec le représentant syndical local, Monsieur Cioni, de façon minutieuse avec tout une pile de documents rassemblés.

 

Le procès

Il s' est joué une partie de poker-menteur

La scène est pathétique. Le président tout auréolé, avait l’air de se prendre pour un demi-dieu investi de pouvoirs sacrés, il se lança alors dans une toute une série d’accusations sans en avoir vérifié l'exactitude.

Le sacrifié ce jour-là c’était moi. Et tous les syndicats, là tout autour comme pour assister à une exécution...

Ils m'ont demandé de m'expliquer. Après m'avoir entendu, sans vraiment m'écouter, ils ont débattu collégialement de la sanction ou de la relaxe. Le dernier mot revient toujours au président.

J'ai eu le sentiment d'être revenu au temps de la Terreur ou de la Sainte inquisition. Ils avaient monté le procès pour la forme mais ils avaient déjà pris leur décision. Le triste c’est que tous les membres de l’assemblée semblaient y croire. Même les syndicats qui auraient dû pourtant s'élever et gueuler devant tant d'injustice.

 

Ce jour-là, ils ont jugé toute ma carrière

 

Normalement la Commission de discipline est là pour rendre la justice. Mais c'est plutôt un endroit où se retrouvent chiens et loups : ils doivent s'entendre, tous ces gens-là, pour ne pas s'entre-dévorer.

On vous traîne devant le Conseil de discipline, dans cette grande salle, mais la messe est déjà dite, avant même que d'y mettre les pieds. Les représentants syndicaux sont leurs complices. Ils préfèrent sûrement se pavaner-là plutôt que de faire les cent pas dans une coursive.

Contrairement aux tribunaux populaires où on vient pour justifier d'une faute éventuelle, ici, ils ont jugé toute ma carrière. Ils m’ont jugé sur des fautes qui n’ont pas prouvées, juste sur des suppositions voire des supputations hasardeuses et fragiles.

Nous avons eu de la chance pourtant. A l'époque, tous les syndicats ne s’étaient pas accoquinés avec la direction. Le jugement pour nous fut juste. Albin et moi avons été relaxés et heureux de l'être. Il fut prouvé que nous n'étions pour rien dans cette évasion.

Huit ans plus tard, je repassais en Commission de discipline. Là, je fus dégradé. Les syndicats, et le Ministère de la justice étaient cette fois-là main dans la main. J'ai dû alors me retourner contre le Ministère de la Justice en Tribunal administratif.

Ce procès-là, huit ans plus tard, je l’ai gagné aussi et j’ai été remis dans mon grade de Major avec les indemnités de retard. Surtout, j'ai retrouvé mon honneur. Etre dégradé, quand on est innocent, c'est dégradant.

 

 

Pour un maton, une évasion c'est contre nature

La société avance, les libertés reculent. Le rieur, le bon-vivant sont inquiétantes. Une personne franche et loyale peut paraître machiavélique. Tout semble louche à leurs yeux, jusqu’à ton existence.

Même si je n’en étais pas responsable, j’ai toujours culpabilisé d’avoir été impliqué dans cette évasion. Si Elisa avait commis durant sa fuite un crime, cela m’aurait certainement conduit à démissionner. Je n’aurais pas pu le supporter. Cette affaire est restée pour moi, une plaie toujours ouverte, un sentiment d'être coupable : coupable d'avoir été, en quelque sorte complice d'une évasion.

Pour un maton, une évasion c'est contre nature.

 

(Tous les noms cités sont fictifs, mais l'histoire, elle est bien réelle. Texte écrit et validé par Alain H.)

 

 

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