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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #famille, #témoignage, #parloir

Voici le témoignage de Nadia dont le mari est aujourd'hui aux Baumettes et qui témoigne, de façon anonyme, de ses démêlés avec l'Administration pénitentiaire : « Je ne veux vraiment que personne sache mon histoire et que personne ne se doute que mon mari est en prison... », précise-t-elle.

 

 

A huit heures du matin en décembre 2013, quelques jours avant les fêtes de Noël, on frappe à la porte. Quatre hommes demandent à parler à mon mari. Il s'agit de quatre policiers qui demandent à mon mari de les suivre. Ne sachant pas pourquoi, comment…

 

Je leur posais toutes les questions du monde. Je me souviens comme si c’était hier qu’un policier m’a répondu : « Ne vous inquiétez pas Madame, je vous promets que votre mari sera là avant ce soir... ».Alors qu’il savait qu’à ce moment-là ils prenaient mon mari pour le mettre en prison.

 

On s’est serré fort dans les bras l’un de l’autre et c’est là où le cauchemar a commencé. Toute la journée j'ai tenté de le joindre sur son portable. Je n'ai eu que la messagerie de sa boîte vocale me disant de laisser un message : plus de nouvelle de mon mari.

J'étais dans tous mes états quand la nuit est arrivée… L’idée que mon mari pouvait se retrouver en prison ne m’étais même pas venue à l’esprit. J'ai pensé seulement qu'ils l'emmenaient en garde-à-vue. Je me disais qu'au matin il serait de retour...

 

Le lendemain, le téléphone sonne. C'est la prison des Baumettes. Là, on m’annonce que mon mari est incarcéré.J'ai eu, simplement un type qui m'informe que mon mari est incarcéré et qui me demande de noter son numéro d'écrou. Là mon cœur s'est arrêté de battre.

 

A cet instant, j'ai eu le sentiment que ma vie s’arrêtait. Tout simplement, je n’arrivais pas à réaliser ce qui se passait. « Mon mari ? La prison ? Les Baumettes ? Qu’est ce qui ce passe… » Je n’arrive plus à réfléchir, je n'arrive pas à reprendre mon calme….

 

 

Je retrouve un peu de force et reprends mes esprits. J'ouvre l’annuaire et je tente d'appeler tous les avocats de Marseille. On était vendredi. A ce moment-là, aucun n'a eu envie de se saisir du dossier. C'était juste avant la veille des fêtes. On me dit que, de toutes façons, il n’y a plus personne au Tribunal : à cette heure, plus personne ne travaille…

 

Après plusieurs appels, je tombe sur un avocat soi-disant réputé sur Marseille, un des meilleurs... Il me dit qu'il est prêt à m'aider. Il m'assure qu'il allait trouver une solution et qu'on allait pouvoir le sortir de là rapidement. Il me donne donc rendez-vous à son cabinet.

 

 

« Début janvier, il sera dehors ! M'affirme-t-il ». Bien évidemment, il me demande beaucoup d’argent : 3000 euros cash ! (La veille du procès il m'a réclamé 1000 euros supplémentaires prétextant que le dossier était plus difficile que ce qu'il pensait!...) Depuis janvier est passé, puis ensuite février et puis mars. Au final, il n'a jamais tenu ses promesses...

 

Quand je vais le voir, l'avocat m'apprend que mon mari venait d'être jugé pour une affaire ancienne qui remontait à deux ans. Il avait été condamné à un an de prison ferme. Pour moi c’était comme si ma vie prenait fin : mon mari était en prison et cela par ma faute.

 

En effet, c'est moi qui, deux ans auparavant, et seulement par jalousie, avait porté plainte contre lui (plainte que j'avais immédiatement retirée). Maintenant, j'avais le sentiment de l'avoir mis moi-même en prison. Je me suis sentie coupable, et les remords m’empêchaient d’avancer…

 

 

De sa prison, mon mari, m'a écrit. Il m'a supplié de le sortir de là... Dans ses courriers, il me raconte l’enfer qu'il vit en prison. Il me dit sa peur, dans ce monde dont il ne connaissait même pas l’existence.

 

Depuis lors, je me bats. Pas un jour où je n’ai arrêté mes recherches pour tenter de le sortir de là !

 

Immédiatement, j'ai fait une demande de droit de visite, et la réponse n'est arrivé qu'au bout d’un mois : une réponse négative - j'étais censée être la victime et l'on me refusait le droit de visite.

 

J’ai écrit un courrier au Procureur général d’Aix car mon mari a fait appel du jugement. L'autorisation de parloir devait passer par lui. Je lui explique la situation, je le supplie de revenir sur sa décision. Enfin, il accepte de me permettre de voir mon mari ! Il revient sur sa décision, une semaine après le refus initial, il m'adresse un courrier m'autorisant le droit de visite.

 

Là, je n’hésite pas. J'appelle les Baumettes pour prendre rendez-vous pour un parloir ! Un agent au bout du fil me répond textuellement: « J’en ai rien à foutre que vous soyez triste on va mener une enquête car parfois le procureur donne une réponse favorable, mais il peut se tromper. Il a trop de boulot, des fois il commet des erreurs... »

Par téléphone c’est la prison qui, à présent, me refuse le droit de visite que vient de m'accorder le Procureur !

« Et l'enquête, rajoute le type, pourrait durer un an… » Là, je m’effondre. Je n’ai plus de force depuis plus de deux mois je suis privée de voir mon mari !

 

J'écris des courriers, j'adresse des fax à la directrice des Baumettes mais aucune réponse de sa part. Elle ne veut même pas me parler par téléphone. Les secrétaires me faisaient comprendre que je les emmerdais et qu'elles n'avaient pas que ça à faire.

 

J'ai adressé aussi un fax également au procureur de la République, pour l'avertir du refus de la prison. Enfin, deux jours après, il me contacte sur mon portable et me demande ce qui se passe.

Je peux enfin, de vive voix, lui expliquer la situation correctement par téléphone ! Et là, au bout du fil, il pète un câble : il me dit que les agents des Baumettes n'ont pas le droit de me refuser de voir mon mari puisque lui-même m'a donné son autorisation !

A la suite de ça, il les a appelé. Les Baumettes étaient bien obligées de me donner une date ! Je les rappelle, je suis sereine – et même fière de moi - : j'étais arrivée bout de mes démarches ! Au bout de la ligne, je sens leur ressentiment. Ils vont me faire payer ça !

Il m'accorde un droit de visite pour le 6 mars 2014. Ils savent bien que le 5 mars, la veille, il doit se présenter devant la Cour d'appel et qu'il sera transféré pour cela sur la prison de Luynes – plus près du tribunal d'Aix-en-Provence.

 

Comme le Procureur m’avait appelé sur mon portable, j’avais son numéro. Je prends mon courage à deux mains et je le dérange à nouveau.

Je lui explique que l'Administration des Baumettes fait exprès de me donner une date éloignée, le lendemain de son passage au Tribunal.

    (Un parloir aux Baumettes)          

Il réagit encore, et grâce à un nouvel appel de sa part, je peux décrocher une date de suite. Les Baumettes m'accordent même un double parloir !

 

En arrivant aux Baumettes, c'était la première fois que je me rendais dans une prison. J'avais très peur, je tremblais, et j'avais envie de pleurer, de vider toutes mes larmes. Mais je suis restée forte face aux gens. J'avais honte. Heureusement, devant la porte de la prison, pendant qu'on attendait, j'ai sympathisé avec une jeune femme de mon âge qui m'a apporté du soutien. Elle a pris le temps de m'expliquer comme je devais faire, comme ça se passait.

 

J'ai vu enfin mon mari. Il avait le visage si triste. « C’est tellement difficile, m'a-t-il dit : aux Baumettes, une journée dure un an : c’est tellement monotone ici… »

 

Familles attendant devant l'entrée des Baumettes

 

*

*    *

 

Début mars, malgré mon témoignage, devant la cour d'appel, l'avocat général a mis en doute ce que je disais : souvent les femmes victimes de leur époux, expliqua-t-il, réagissent de la même façon : par peur de représailles de la part leur mari. Bref, il n'a pas pris mon témoignage au sérieux. Le délibéré a été repoussé pour la fin mars.

 

Mon époux a été finalement condamné à six mois fermes, et six mois avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve. Ça fait à présent trois mois qu'il est incarcéré. Il peut bénéficier d'un mois de remise de peine. Aujourd'hui, il lui reste donc moins de deux mois d'incarcération.

Pour le procès, on l'avait transféré à la prison de Luynes. Ça lui a fait grand bien. Là-bas il se sentait mieux. J'ai pu le voir au parloir. Les surveillants m'ont reçue avec respect et politesse. L'accueil était bien différent des Baumettes où les surveillants traitent les familles des prisonniers comme des moins-que-rien, avec méchanceté.

(Illustration : Laurent Jacqua)            

Malheureusement, début avril, mon mari a de nouveau été transféré vers la prison des Baumettes !

J'ai le sentiment de me retrouver à nouveau en plein cauchemar. Je me disais que même si Luynes restait une prison, là-bas la situation était plus correcte qu'aux Baumettes!

 

Lorsque j’ai appelé à nouveau pour prendre rendez-vous au parloir, la personne au bout du fil s'est souvenue de moi. Alors : pas de parloir de libre avant le 19 avril. Du coup je suis désespérée. Je n’ose plus rappeler le Procureur D’Aix pour lui demander encore une faveur. En plus, à présent, mon mari n'est plus prévenu : il est condamné, et je ne sais pas si le Procureur est toujours compétent pour intervenir auprès de l'Administration pénitentiaire.

 

Détenu isolé à la Prison des Baumettes - Photo Georges Korganow

 

J'ai tenté aussi de contacter le SPIP (Service de Probation et Insertion pénitentiaire.) J'ai eu la personne qui normalement devrait s'occuper de mon mari. La dame m’a dit « Vu les circonstances pour laquelle il a été condamné, vous imaginez bien que je ne vais pas le laissez sortir plus tôt pour rejoindre son foyer… » Je lui ai répondu que dans un mois, il rentrerait à la maison, quoi qu’il en soit, et que je ne comprenais pas la différence ? « Qu’est qui vous dérange finalement ? Lui ai-je demandé ». Et elle m’a carrément rétorqué : « Ah mais on peut même lui refuser à sa sortie de s’approcher de vous...»

 

Là, j'ai ressenti combien elle voulait enfoncer le couteau dans la plaie : me faire plus mal encore… « – Si vous dites tout ça à mon mari, vous allez lui faire perdre tout espoir...

 

« – Je suis pas là pour faire des fausses joie aux gens, j’ai bien fait comprendre à votre mari qu’il ne gagnera pas un jour ! Même chose pour la question de travailler au sein de prison : sa peine est trop courte ! »

 

J'ai tenté d'évoquer avec elle toutes les possibilités pour qu'il puisse sortir plus rapidement : le bracelet électronique,... j'ai tout évoqué. Tout, mais aucune possibilité de sortie plus rapidement! Elle était déterminée à ne pas le faire sortir avant !

 

 

Voilà. Voilà ou j'en suis aujourd'hui et j'ai pris conscience de l'injustice de ce système. C’est pourquoi, dans l'avenir, je veux reprendre mes études de droit afin de venir en aide à tous ses prisonniers qui vivent dans un cercle vicieux de méchanceté. C’est malheureux à dire, mais il a fallu que je vive cette histoire pour penser au sort malheureux des personnes détenues.

 

Je n’avais jamais pensé à leur cas, je n’ai jamais eu aucune pensée pour eux et pourtant aujourd’hui je veux me battre pour cette cause et, peut-être, en reprenant des études, de pouvoir leur venir en aide !

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LES DETENUS ET LEURS PROCHES

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mael 30/07/2016 12:19

Bonjour nadia , actuellement je vis une situation similaire a la tienne sauf que moi j'ai le parloir mais il lui ont mis un interdiction de m'approcher quand il sortira. la semi liberté il doit la faire chez sa mère si jamais elle est accordée. Je suis désespéree face a ce système et n'est plus d'espoir

didija 20/02/2015 02:34

Bonjour nadia je suis dans la même situation que toi mon marie et au prison a cause de moi j'ai trois enfants et je suis enceinte de 7 moi je vie ton histoire avec tout ce que ta fait étape par étape .
mais toi ta plus de corage ta était le voir mais moi j'ai pas ce corage pour le voir en prison car sont le voir je pense comment je veut le trouver je veut lui dire quoi comment en vas parler sachant que c'est a cause de moi tout ça .
j'ai besoin ton soutien pour savoir comment vous-mêmes vous-était retrouver avec votre marie merci a l'avance

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