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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #téléphone, #portable

Lidó Rico, Circular de secretos, 2003

 

Boîte à courrier sur une porte de cellule ( photo J-C Vimont)

 

"Vous qui êtes passés dans ces lieux maudits, racontez et racontez sans cesse ce que vous avez vu. Il faut que chaque ancien taulard soit un centre de propagande" André Marty (1924) : Dans les prisons de la République

 

Communiquer ! Est-ce possible dans un espace aussi autiste que la prison ? Pourquoi s'acharner, derrière ses murs et des portes fermées, à dire encore quelque chose au monde ? 

 

C'est peut-être, justement, contre cet enfermement : enfermement des corps, et des mots, que les taulards tentent, malgré tout, encore et encore de communiquer ! Communiquer en-dedans, au travers des cloisons étanches, par les tuyauteries, par delà-les barreaux ; et communiquer avec le dehors pour ne pas être complétement mort : réduit au silence de l'incarcération...

 

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Bons baisers de prison : quand les détenus s’exhibent sur Facebook

 

Jusqu’à nouvel ordre, les téléphones portables sont interdits à l’intérieur des établissements pénitentiaires. Or, il suffit de se connecter sur Facebook pour voir des tas de photos, prises par des détenus, de l’intérieur des prisons du Nord - Pas-de-Calais, et au-delà. Des clichés qui posent le problème de la sécurité...

 

Lire la suite : La Voix du Nord (04/03/15)

 

A lire aussi: Le Midi Libre (10/05/14) : 

Béziers : ces détenus qui publient des photos de leur cellule sur le net


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Photo : Sébastien Redon Levigne

 

Les cris des Baumettes

 

 'La première fois, les bruits m'ont complètement submergéRégis Sauter

 

Aux Baumettes, d'abord, avant même les odeurs et la crasse, ce qui vous marquent, ce sont les cris incessants, les appels, les plaintes et cette litanie qui revient sans cesse : "Surveillant ! Oh ! Surveillant".

 

"Je me suis endormi comme il fallait. Sans même m'en rendre compte. La télé est restée allumée. Le bruit m'a réveillé, je pense que c'est à cause du son que j'ai dû laisser trop fort. Non, , cette fois-ci ce n'est pas la télé qui a dérangé mon sommeil, ce sont d'autres cris, d'autres voix qui viennent d'ailleurs.
 "Des phrases dont je ne comprends pas le sens, des appels auxquels répondent d'autres appels. Voilà que dans ma prison les cellules se parlent en écho.

"Des insultes grossières, des vociférations, puis des coups de pieds sur des portes qu'on cogne. La clameur augmente et se propage. Le bruit devient vacarme. Je n'ai aucune idée de ce qui cause tout ce tapage..."
 

Lire la suite : Les cris des baumettes

 

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Prison des Baumettes : Yoyo entre deux cellules

 

Les Yoyos du Bout-du-Monde

 

"Comme des fils électriques sont faits pour conduire le courant, les 'yoyos' servent à transporter, de cellule en cellule, par les fenêtres, tout ce qu'on n'a pas et qu'on voudrait avoir, ou bien à faire passer tout ce qu'on a et qu'on est prêt à donner, à prêter, à échanger ou à vendre.
 
"Tressés, en général, à partir de draps découpés en lanière, les 'yoyos' sont composés d'une partie dont l'extrémité est lestée telle une fronde, et qui (en principe) doit être attrapée par celui à qui elle est destinée ; et d'une seconde partie qui sert au 'transport de marchandises' proprement dit. On y suspend un panier ou un sac, une fois la connexion précédente bien établie.

"Il faut voir, le soir, sur le bâtiment B, le bâtiment d'en face, comme ils s'agitent et s'élancent ! comme ils s'entortillent et s'agrippent ! comment ensuite, précautionneusement, ils transportent leurs lourdes cargaisons d'une fenêtre à l'autre, suspendus dans le vide. Sur les façades des Baumettes, les 'yoyos' se déploient telles des guirlandes de Noël, portant leur sacs et leurs petits paniers comme des décorations en pain d'épice.
 
"Presque, si j'exagérais – et j'exagère à peine -, les 'yoyos', si on leur permettait, passeraient par-dessus les cours et rejoindraient les bâtiments entre eux, et, même, ils franchiraient les murs d'enceinte, pour s'arrimer aux immeubles en dehors, et, par-delà, ils relieraient la Terre entière..."

 

A lire dans Le Journal de Bruno des Baumettes : 

Toto et Yoyo sont aux Baumettes - Chap 1

 

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Dessin : Tignous

 

Julie a son petit ami en prison

« Le portable, c’est un moyen de résister »

 

Julie a 28 ans. Une fois par semaine, elle se rend au parloir d’un centre de détention pour voir Simon, son petit ami incarcéré. Elle lui téléphone aussi presque tous les soirs, et risque pour cela jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 d’euros d’amende. Elle n’imagine pas y renoncer ; le téléphone portable est, pour elle, un outil vital pour sa relation. 

 

"J’ai rencontré Simon en 2011 quand j’étais bénévole en prison. Il venait de prendre neuf ans pour trafic de stupéfiants. Pendant un an, je suis allée en prison assez souvent. J’ai commencé à me lier d’amitié avec lui.

"Quand j’ai appris qu’il allait se faire transférer dans une autre prison, je me suis dit qu’il fallait qu’on reste en contact. J’ai fait comme s’il était dehors : je lui ai donné mon numéro de portable.

"Se parler de portable à portable, c’est notre manière de fonctionner. C’était risqué ; encore aujourd’hui, je me dis que suis peut-être sur écoute, mais je ne vois pas comment on pourrait faire autrement.

"Les lettres sont autorisées, bien sûr, mais ça paraît tellement archaïque. Et puis, même si tu n’as rien à cacher, tu as toujours l’impression que tu ne peux pas tout dire, ton courrier est lu par l’administration pénitentiaire..."

 

Lire la suite : L'Obs Rue89 (24/06/15)

 

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Le Conseil d'Etat enjoint une prison à respecter les conversations des détenus

 

Lors d’une visite du centre pénitentiaire de Vézin-le-Coquet, en 2010, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté avait relevé que « les téléphones mis à disposition des personnes détenues dans cet établissement étaient placés "à proximité de la grille palière où le bruit est important", obligeant les détenus à "parler fort, voire crier" pour se faire entendre, avec pour conséquence "une atteinte à l’intimité et à la confidentialité lorsqu’on parle à son conjoint ou à son avocat"», explique l’OIP...

 

Lire l'intégralité de l'article : Libération (28/07/14)

 

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Suède : Prison Match - Les Détenus aussi ont leur site de rencontres !

 

En Suède, être en prison peut être synonyme de rencontres amoureuses... Via un site créé spécialement pour les personnes incarcérées.

 

Prisonniers, vous avez envie de rencontrer le grand amour ? Le site Prison Match est fait pour vous ! Pour le moment ce service est réservé aux 5000 personnes incarcérées en Suède, mais peut-être que le dispositif donnera des idées à d'autres pays.

Prison Match propose ainsi d' entretenir des contacts avec l'extérieur aux détenus qui n'ont pas le droit d'avoir accès à Internet. Mais comment peuvent-ils chatter et faire connaissance sans pouvoir surfer sur le web ? C'est le site qui se charge de tout, bien sûr ! La société s'engage ainsi à transmettre par lettre ce qui a été écrit sur le compte du détenu, et de poster les réponses à sa place...

 

PrisonMatch - Site de rencontres pour les détenus

 

(Bon, faut peut-être mieux parler le suédois !)

 

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Post publié le 10/05/14 mis à jour le 26/06/15

Commenter cet article

Clara Sombrio 28/03/2015 21:31

Parce qu'on ne peut pas ne pas communiquer... Watzlawick nous l'a dit.

Clara Sombrio 29/03/2015 11:03

La solution la plus aiseé, je ne sais pas; la solution paradoxale, en effet. Cela me fait penser au fameux paradoxe de la Reine Rouge de Lewis Carrol qui je ne savais pas systémicien, mais apparemment c'était le cas...:-) En tout cas je trouve votre projet fort intéressant ; reinviter la parole là où le silence s'est installé est le meilleur moyen de prevenir des passages à l'acte destructifs.

bruno des baumettes 29/03/2015 06:02

Effectivement, il y a là - au coeur de cet article, et plus largement dans le pro-jet de ce blog - le paradoxe du double bind - de la "double contrainte", mais - comme dit l'autre (Yves Barel dans le "Paradoxe et le Système" - une façon, comme une autre, de tenter de dépasser le paradoxe est d'adopter une attitude, elle-même, paradoxale : surimposant du paradoxe au paradoxe... La solution la plus aisée (si j'ose dire) est celle du suicide... Mais là, c'est autre chose, qui sait ?

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