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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes

Alex Cavendish : Prison Hell

 

Les Garçons perdus de notre système carcéral

Par Alex Cavendish

(d'après un article paru le 03/01/15 sous le titre 'Prison UK: An Insider's View')

 


'En ce début 2015, une pensée m'est soudainement venue  c'est la première fois qu'un réveillon s'était passé sans moi... en prison, sans le poids d'un procès avenir, d'une condamnation et d'un emprisonnement. La première fois depuis le 1er Janvier 2010, depuis cinq longues années. 

Cependant, je me considère encore comme très chanceux quand je pense à la situation de tant d'autres que je ai rencontrés durant mon séjour en prison.

Vous rencontrez toutes sortes de gens en taule, beaucoup ont des problèmes graves de santé mentale ; des personnes âgées aussi. Mais ce sont souvent la présence des plus jeunes qui vous reste à l'esprit.

Certains d'entre eux semblent beaucoup trop jeunes pour être enfermés dans une prison pour adultes. Quelques-uns semblent sortir du collège... mais ils sont là, errant le long des coursives, dès l'âge de 18 ans.

 

 

Jeune, vulnérable ... et dans une prison réservée à des hommes adultes 


Ils sont habituellement détenus en détention provisoire, en attente de jugement, parfois pour des accusations graves, des crimes, mais pas toujours. Parfois, c'est aussi parce qu'ils ont déjà été condamnés mais sont en cours d'évaluation avant le transfert vers des Institutions destinées aux Jeunes Délinquants.

Mais ils peuvent aussi passer des mois là, en tentant de survivre tant bien que mal, entourés d'adultes - alors que, normalement, toute personne âgée de moins de 21 ans est officiellement considéré comme un jeune prisonnier (YP) et ne sont pas censés partager leur cellule avec les adultes, âgés de plus de 21 ans, au sein d'établissement où il n'y a pas le personnel spécialisés ni les ressources nécessaires pour prendre soin d'eux et garantir leur sécurité.

Dans certains cas, ils souffre de maladie mentale ou de troubles graves de la personnalité, tandis que d'autres sont désespérément immatures : des enfants encore plus que des adolescents.

Pour beaucoup, la prison n'est que la dernière étape d'un misérable voyage : ils ont grandi au sein d'une famille dysfonctionnelle ou abusive, ils ont suivi des soins en établissement psychiatriques ou sont déjà passé par le système de justice pour les mineurs. 

Comme nouveau venu débarquant dans le monde de la prison je me suis étonné de constater que ces enfants - parce que ce ne sont la plupart que des enfants encore - peuvent être amochés par d'autres détenus, adultes, beaucoup plus âgés... 


Comment peuvent-ils survivre ?

 

Malheureusement, quelques-uns n'y survivent pas, mais même ceux qui semblent 'tenir le coup' seront marqués à jamais par cette expérience de vie auprès de détenus adultes.

"Je pense qu'il doit avoir des problèmes" , c'est ce qu'on m'avait seulement dit, concernant Sam (prénom fictif)... Rien ne m'avait préparé à ce que j'ai découvert lorsque j'ai frappé à la porte de sa cellule : j'y ai trouvé un garçon dépressif et désespéré.

Sam était assis sur la couchette du bas sanglotant comme un gosse et maigre comme un clou. Il semblait n'avoir que quatorze ans mais en fait il venait juste d'avoir dix-huit. Je doute qu'il ne s'était encore jamais rasé dans sa vie. J'étais déjà assez 'vieux' pour avoir pu être son père .

En bas, dans les magasins du vestiaire, ils n'avaient pas été en mesure de lui trouver des vêtements à sa taille. Il était vêtu d'un jogging trop grand - couleur gris-prison - qu'il devait retenir par la ceinture quand il marchait et un t-shirt bleu clair qui lui allait comme un sac à patates. 

Quand je suis arrivé dans sa cellule et qu'il m'a vu, il s'est blotti dans le coin, tremblant de peur pour des raisons qui sont devenues claires un peu plus tard. Il pensait évidemment que je venais pour lui faire du mal. Il a fallu du temps et de patience pour le convaincre je pouvais l'aider à supporter sa détention provisoire.

Entre les crises de larmes, il m'est devenu clair que tout ce qu'il voulait vraiment faire, c'était de trouver un moyen relativement indolore de se suicider. Il était si terrifié que l'idée de la mort semblait être la seule façon qu'il lui de faire face à la réalité de l'enfermement, de cet enfermement entouré par 170 mecs beaucoup plus âgés, dont certains auraient facilement pu le 'consommer en guise de petit déjeuner'.
 

Avec de longs lacets

 

Les matons, à  la réception lui avait pris tous ses vêtements -, bien que les prisonniers en détention préventive soient autorisés à porter leurs propres vêtements, cette règle est totalement ignorée par les gardiens.

Il voulait récuperer ses nikes :  j'ai compris que la principale raison était qu'il puisse attacher la paire de lacets ensemble pour s'en faire une corde au bout de laquelle il pourrait se pendre...

A un moment, il m'a même demandé si je pensais que la pendaison devait "faire beaucoup mal" ... une question posée avec innocence, les yeux écarquillés d'un enfant beaucoup trop jeune pour mourir. Je dois reconnaître que j'ai eu ce moment-là une telle boule au fond de la gorge que j'ai eu envie de fondre en larmes à ses côtés.

J'ai passé la majeure partie de l'après-midi à essayer de le calmer et de le convaincre que de se tuer n'était pas la seule option. Le problème est que non seulement il avait l'air d'avoir environ 14 ans, mais qu'il était tellement immature qu'il fonctionnait comme un enfant encore plus jeune que ça.

Quelques mois plus tôt, dans la même prison et sur la même aile du bâtiment, un garçon de 21 ans en détention provisoire s'était alors suicidé. Sa mort avait eu un tel impact sur ceux qui le connaissaient qu'aucun de nous ne voulait d'un autre suicide. Après ce suicide, un  gars courageux a crié depuis une coursive supérieure : "Vous avez sang sur vos mains ! ". Sa voix résonnait solitaire, mais il parlait pour la majorité d'entre nous.


Un groupe de soutien de détenus pour Sam

 

Un petit groupe d'entre nous a fourni un soutien et servi de protection à Sam. Comme les jours passaient, j'ai appris à le connaître. Si j'avais souhaité écrire une histoire d'horreur britannique classique, je n'aurais pas pu mieux inventé que l'histoire et la vie de Sam : l'état d'ébriété violente et permanente d'un père a commencé à le battre et le violer à l'âge de cinq ans. Tous ses frères et sœurs, qui ont vécu le même sort et cela durant des années, sous le nez des services sociaux de qui la famille était bien connue. Ce jeune garçon a connu les profondeurs de la misère et de la dépravation des adultes qui briserait le cœur de n'importe qui...

Même si le père de Sam purge actuellement une peine de prison à perpétuité pour les crimes qu'il a commis contre ses propres enfants, cela n'a pas soulagé Sam d'une douleur qui continue à le faire souffrir. Face à cette vie douloureuse, il s'était mis lui-même sous « automédication » à l'aide de drogue et d'alcool tout au long de ses années d'adolescence. Sa tendance à se déchaîner, rempli de peur et de colère, l'a conduit en prison, en détention provisoire, après avoir commis une agression grave. Voilà l'histoire de Sam...
 

Effrayé et enfermé derrière les barreaux

 

Une fois qu'il eut partagé quelques détails de sa vie antérieure, il était logique pourquoi, lorsqu'il avait été forcé de se déshabiller devant les matons de la réception - de sexe masculin -, il avait été si traumatisé. J'ai compris aussi pourquoi il craignait qu'à chaque coin il rencontre un taulard qui ne veuille abuser de lui ou l'exploiter. Sam n'avait jamais vraiment été en mesure de faire confiance à n'importe quel mâle adulte avant...

Finalement, Sam a été condamné à une lourde peine de prison et a finalement été transféré de la prison pour jeunes adultes. Qui sait  s'il obtiendra là-bas un traitement qui l'aidera à changer sa vie ?

Je l'espère, mais pour être honnête, je crains le pire surtout après avoir lu les récents rapports très critiques sur certains de nos établissements pour jeunes délinquants délivré par l'Inspection générale des prisons. Les prisons britanniques semblent être devenues des jungles pire encore où la lutte pour la survie est plus dure encore pour la plupart des jeunes adultes détenus.

 

Un enfant vulnérable et effrayé perdu dans une aile de la prison pour adultes

 

Notre système carcéral est souvent simplement un entrepôt pour des enfants profondément endommagés et des jeunes gens sévèrement traumatisés comme Sam. Quelques-uns d'entre eux sont atteints d'une toxicomanie grave, beaucoup ont des besoins complexes qui ne peuvent être traités simplement en les jetant dans une boîte en béton, derrière une porte en acier renforcé, et puis en espérant qu'ils ne commettront pas d'automutilation ou ne se suicideront pas, enfermés qu'ils sont dans leur dépression et le désespoir...

Peut-être que Sam a eu la chance  et qu'il a trouvé quelques détenus plus âgés qui ont été prêts à l'écouter parler de ses problèmes tout en cherchant à le garder à distance des hyènes et des prédateurs de toutes sortes.  Sam aurait facilement pu devenir juste un chiffre de plus parmi les statistiques honteuses : celle de la longue liste de ceux qui se suicident en prison.'

 

****

 

L'auteur, Alex Cavendish, était détenu jusqu'à récemment . Il a eu beaucoup d'expérience à titre 'd'initié', un prisonnier qui a la tâche de soutenir et de conseiller les autres prisonniers, en particulier ceux qui sont nouveaux dans le système carcéral.

Il a également formé comme 'mentor' (guide) et a beaucoup travaillé dans les services d'éducation de la prison pour aider d'autres prisonniers...

 

Visiter sa page : Alex Cavendish
 

 

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