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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #témoignage, #baumettes, #Religion

"Vous tous qui êtes passés dans ces lieux maudits, racontez et racontez sans cesse ce que vous avez vu. Il faut que chaque ancien détenu soit un centre de propagande..." André Marty (1924) : Dans les prisons de République

 

Ces derniers temps, les détenus en voient de toutes les couleurs : nid à terroristes pour certains, club med' pour d'autres, ils seraient devenus "trop libres" ! ils seraient même des privilégiés...

Quand ce sont des "politicards" (pardon : des hommes (ou des femmes) politiques) qui reprennent et diffusent ces contre-vérités, cela passe encore : peu leur chaut de ce qui est vrai ou pas, pourvu qu'ils arrivent (ou conservent) le pouvoir.

Par contre, lorsqu'ils s'agit de journalistes, dont la déontologie (?) devraient les pousser à réagir à partir de faits avérés, et d'aller jusqu'au bout de leur enquête, il y a-là une grave gangrène : celle de vouloir, à tout prix, flatter les politiques et contenter des lecteurs aveuglés par ces discours...

 

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La page «MDR o Baumettes», où des prisonniers posent dans les couloirs de la prison marseillaise, avec des téléphones portables, de la drogue ou des billets de banque, fait scandale à Marseille.

Source : Le Figaro (05/01/15)

 

« Appeler les Baumettes un "club de vacances", c’est un scandale »

(Extrait d'un interview que j'ai accordé à Ma Vérité Sur - 07/01/15 )

 

 
Question Des commentateurs ont réagi à ces photos en comparant les Baumettes à des « clubs de vacances ». Qu’en pensez-vous ?

 
Il faut faire attention à ces discours politiques : leur but n’est pas de décrire la réalité des Baumettes, ce sont des calculs politiciens. Le travail des journalistes est de ne pas laisser passer ça. Au début du XXe siècle, on disait souvent que les bagnards de Guyane étaient trop bien traités, « au soleil ». Heureusement, Albert Londres a eu le courage d’y aller et de dénoncer la réalité des bagnes. Le scandale, ce n’est pas la page Facebook, c’est que les journalistes qui devraient examiner des faits relaient et titrent sur de tels discours politiques. Et ces discours, on sait très bien qu’ils sont faux.

 

Appeler les Baumettes un « club de vacances », c’est un scandale. Cette prison a été construite dans les années 30, sur le modèle de Fresne : elle est dépassée, à bout de souffle, surpeuplée. On mélange des personnes en détention provisoire, donc présumées innocentes, et des personnes condamnées, parfois à dix ou vingt ans.

 
Question Quel est votre témoignage de la réalité carcérale ? 


La réalité carcérale, c’est d’abord la maltraitance, évidente aux niveaux des conditions d’hygiène, de sécurité, des cellules vétustes (quand j’y étais). On a des WC dans la chambre, sans séparation, on se retrouve à chier, littéralement, devant nos codétenus.

Pour les douches, on vous enferme à 15 dans un espace qui fait 20 mètres carrés, et qui contient huit douches dont quatre qui ne fonctionnent pas. Les matons ferment la porte, comme ça ils ne sont pas responsables s’il se passe quelque chose. Si vous avez la chance de pouvoir vous laver, vous devez quand même attendre une demi-heure enfermé dans cette ambiance d’insécurité.

 

Entre nos droits théoriques et ce qu’on nous autorise réellement il y a une énorme différence. J’avais par exemple demandé à quelle formation je pouvais accéder. On m’avait répondu que je n’y avais pas droit et j’avais saisi le défenseur des droits. Il avait fait plusieurs requête à la direction qui a fini par me répondre, quand j’étais sorti, que, si j’y retournais, ça se passerait différemment !

L’un de mes codétenus était incarcéré depuis plus d’un an. Un jour, il a voulu descendre sa couverture dans la cour pour pouvoir la secouer – depuis un an, elle était forcément très sale… On lui a interdit. Il a fallu trois mois et demi pour que les draps soient changés, et encore, c’était parce qu’il y avait la visite entre temps du contrôleur des prisons.

C’est de la maltraitance, des conditions indignes et souvent de l’inhumanité. Certains matons font preuve d’humanité, ils essaient dans ce contexte, ce qui est extraordinaire. Mais la majeure partie d’entre eux n’attendent qu’une chose : être mutés. Ils sont dégoûtés.

 

Lire l'intégralité de l'article : Ma Vérité sur (07/01/15)

 

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La prison des Baumettes.  PHOTO FRÉDÉRIC SPEICH

 

Marseille : Dégoûté des Baumettes, il demande l'asile...

"Trop d'agressions", a confié le détenu en fuite à ses nouveaux geôliers.

 

Qui a dit que les Baumettes étaient le Club Med ? Que Facebook était le nouvel Eldorado de ses pensionnaires ne dédaignant pas s'y prendre en photo entre camarades privés de liberté, avec armes, bagages, drogue, voire espèces sonnantes et trébuchantes ? Alors qu'il bénéficiait d'une permission de sortie, un détenu des Baumettes a profité de l'occasion pour prendre ses jambes à son cou et le train à la bonne heure.

À la bonne heure ! L'homme n'avait qu'une idée en tête, nous rapportent les dernières Nouvelles d'Alsace : une obsession majeure, rejoindre Strasbourg. Jamais, au grand jamais pour se mettre en faute vis-à-vis de l'administration pénitentiaire, mais rejoindre Strasbourg à tout prix, car les Baumettes étaient son pain noir.

 

Trop d'agressions

Dimanche soir (1er février 2015) , l'homme, âgé de 25 ans et originaire de Toulon, s'est constitué prisonnier. Il s'est rendu aux policiers. Il leur a raconté qu'il ne supportait plus les conditions de détention dans la prison marseillaise. Trop d'agressions, selon lui. Leur a-t-il parlé de racket ? De caïdat ? On sait peu de choses sur le reste de cette confession d'homme libre qui veut retourner en prison à tout prix, partout, mais surtout pas aux Baumettes.

Jugé mardi en comparution immédiate pour évasion, le prévenu a ajouté: "Je vous demande une seule chose : incarcérez-moi ici". Le prévenu, qui purge actuellement une peine de 18 mois pour trafic de stupéfiants, a été condamné à 8 mois ferme et a immédiatement rejoint la maison d'arrêt... de Strasbourg. Tout sauf les Baumettes. Bref, la vie en rose.

 

Source : La Provence (06/02/15) : Marseille : Dégoûté des Baumettes, il demande l'asile...


 

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Voici, d'autre part, le témoignage de François Korber, délégué général de  l'association« Robin des lois » et ancien détenu lui-même sur la question de radicalisation en prison...

 

(Extrait)

 

Question : La prison est-elle réellement un lieu de radicalisation islamiste ?

 
La prison peut certainement faciliter la radicalisation, parce qu’il y a un phénomène de solidarité. Quand on arrive en prison, des liens se créent immédiatement : on est mal, on noue des amitiés avec ceux qui nous tendent la main ou qui ont des points communs avec nous parce qu’ils ont le même âge ou viennent du même quartier ou de la même région. C’est une façon de se rapprocher de gens proches de nous. Or, lorsqu'on passe 22 heures sur 24 enfermé dans neuf mètres carrés avec deux ou trois personnes qui nous lavent le cerveau, on est nécessairement influencé, si on est un peu affaibli ou désemparé. Par ailleurs, « Robin des lois » ne cesse de réclamer le respect de l'encellulement individuel.

Les personnes détenues se regroupent. Certaines vont tourner leur haine vers autre chose, comme des infractions plus importantes à la sortie : il y a vingt ans, ils auraient plus facilement basculé vers le braquage de banque. Aujourd’hui, c’est autre chose : ils sympathisent avec un codétenu et décident d’aller faire le jihad. Ceux qui autrefois se seraient engagés dans une délinquance plus grave trouvent une raison de vivre en s’engageant dans cette « foi » dévoyée. C’est aussi cette révolte, qu’on retrouve chez tous les gens enfermé, qui peut encourager ce phénomène.

C’est donc une question de contexte, il ne faut pas imaginer des envoyés spéciaux d’Al-Quaïda qui font du prosélytisme derrière les barreaux. C’est trop schématique de dire que la prison est « source de radicalisation » : oui, c’est un endroit propice par les conditions de détention, mais de là à imaginer une usine à terroristes…

D’ailleurs, les chiffres du Ministère parlent d’eux même : le nombre d’« islamistes dangereux » condamnés pour « préparation d’acte terroriste » en France s’élève à 152. C’est très peu, par rapport au nombre total de détenus, environ 60 000. Finalement, je suis plus frappé par tous ces jeunes Français qui partent faire le djihad, sans être jamais allés en prison. Si la prison est un lieu propice pour ça, est-ce qu’il n’est pas encore plus inquiétant de voir des jeunes se radicaliser dans la société dite « normale » ? Ce sont des personnes libres, qui échappent à tout contrôle, et qui s’engagent.

 

Lire le témoigne complet de François Korber : 

Ma Vérité sur (14/01/15) : Radicalisation en prison : la gestion des islamistes radicaux

 

Lien vers 

Association Robin des Lois

 

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Un aumônier musulman avec des détenus dans une salle culturelle d’une prison. (Divergence)

 

La prison, bouc émissaire

Après les tueries de Paris, les regards se tournent vers les prisons, soupçonnées de servir d’usines à islamistes...

 

La prison, usine à islamistes ? Ce n’est pas la première fois que ce raccourci est emprunté en France. Il fait bondir les spécialistes, mais il est revenu au centre des débats: c’est dans la même prison de Fleury-Mérogis que Chérif Kouachi, l’un des auteurs de la tuerie à Charlie Hebdo , et qu’Amedy Coulibaly, qui a commis le carnage porte de Vincennes, ont rencontré Djamel Beghal, qui se révèle être leur mentor commun. Le passage par la case prison comme facteur de leur radicalisation est donc apparu comme une évidence.

Claire de Galembert est chercheuse au CNRS, et à ce titre aime déconstruire les «évidences». Elle a été chargée par l’Administration pénitentiaire française de mener une enquête sur la place de la religion dans les prisons. « Il ne faut pas être dans le déni, explique-t-elle. Il y a une corrélation claire entre le terrorisme et la prison. Mais il n’y a pas forcément de lien de cause à effet entre les deux. Il s’est passé des choses dans la vie de chaque détenu avant et après son passage en prison. La conversion à l’action violente est un processus dans lequel entrent beaucoup de facteurs. »

 

Extrait de l'article paru dans Le Temps.ch (21/01/15)

 

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