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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #écrivain, #taulard, #arrivant, #choc carcéral

L’arrivant par Laurent Jacqua (2007)


Jeudi 13 décembre 1984...

La prison, pour celui qui y entre pour la première fois, c’est terrible...

C’est un choc très dur dont on a du mal à se remettre ; certains d’ailleurs n’y résistent pas et se suicident.

La prison, c’est une agression permanente pour l’esprit et le corps. Ce sont des odeurs, des bruits, des voix fortes, des cris, une sensation pesante, oppressante de dureté dans les choses et les êtres...

(Dessin : Laurent Jacqua - La guillotine carcérale)

 

Imaginez-vous « arrivant » dans une coursive d’une centaine de détenus qui vous scrutent, vous jaugent.

Une angoisse vous saisit à tel point qu’elle vous paralyse dans un mal-être permanent dont il est difficile de se débarrasser.

La prison a ses règles, ses traditions, sa culture propre...

C’est une « microsociété » avec ses rites et ses lois aux antipodes de ce que l’on peut connaître à l’extérieur.

Ici, la règle qui prédomine sur tout le reste est la loi du plus fort, du plus malin, du plus vicieux...

Il semble que tout ce qu’il y a de mauvais en l’homme y soit réuni et tellement concentré que cela en devient une « matière » qui se ressent, qui se palpe dans l’atmosphère... La violence des mots, des coups, des regards, des lieux, tout respire le mal...

Après une nuit aux « arrivants » et un réveil difficile, je fis le parcours habituel pour les nouveaux venus, c’est-à-dire : photo pour la carte intérieure, le service social pour prévenir la famille, le surveillant chef et son petit discours sur la discipline et, enfin, le service médical pour une sommaire visite...

Après cette matinée sans un seul mot de réconfort et pas une once d’humanité, je fus conduit vers la cellule à laquelle j’étais affecté en détention.

Je transportais mon paquetage en suivant un surveillant qui me guidait dans un dédale de coursives, d’escaliers, de couloirs ; partout des grilles électriques qui s’ouvraient et se refermaient.

Je croisais des détenus sans oser affronter leurs regards.

Oui, tout cela n’était pas fait pour mettre à l’aise, bien au contraire...

Le surveillant s’arrêta devant la porte d’une cellule.
Il l’ouvrit et m’invita à y pénétrer.

À l’intérieur, un détenu se leva d’un bond de sa chaise...
- Tu as un arrivant ! Lança le surveillant.

Le type me regarda des pieds à la tête. J’entrai un peu intimidé et la porte se referma derrière moi.

- Bonjour !
- Salut !


C’était une façon polie de faire connaissance.

Je restais debout avec le paquetage dans les bras ne sachant où le déposer...
La première chose qui m’étonna est qu’il n’y avait qu’un lit.

Mon codétenu sortit un matelas qui se trouvait en dessous du sien.
- Pose ça là-dessus !

Ainsi je dormirai par terre !

(...)

 

Lire la suite : Ban Public (2007) : La guillotine carcérale. Silence on meurt

 

Retrouvez les ouvrages de Laurent Jacqua : 

 

PAROLES DE TAULARDS 

 

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Journal de Bruno des Baumettes Impressions vespérales


Je voudrais ne plus rien entendre, ne plus rien comprendre. Juste rester allongé, face contre terre, dans l'herbe humide. Mon cerveau pourtant, malgré moi, essaie de saisir chaque bruit venant de l'extérieur, chaque phrase, chaque éclat de mots qui rebondissent jusqu'entre les murs de ma cellule.


Et toujours, régulièrement, le cliquetis du trousseau de clés des gardiens comme les clochettes des vaches que l'on a emmené paître au matin et qui rentrent le soir à l'étable, seules ou à la queue leu-leu.

Parfois, les bruits s'estompent, comme si une troupe d'ivrognes ou de noceurs s'éloignaient jusqu'à se perdre dans les derniers reflets du soleil couchant, juste une touche sombre, à peine esquissée, sur une toile de Watteau ou du Lorrain. Bientôt, ce sont les dernières lueurs du jour : sa langue vient lécher les murs gris et toxiques des Baumettes. Vais-je pouvoir dormir ? vais-je pouvoir mourir ?

(...)

Lire la suite : JOURNAL DE BRUNO DES BAUMETTES - Chapitre I - La Chute

 

 

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Ecrou, récit d'une première journée en prison

Par Josina Godelet, Ancienne détenue de la prison de Sequedin

 

"... un vertige fit chanceler ma démarche. Un début de migraine me lancinait les tempes, mon estomac tiraillé par la faim gargouillait. J'étais glacée dans mes vêtements de laine et me sentais sale malgré le fait qu 'il n'y avait que deux heures que j'avais pris ma douche. Pensant aller travailler au lieu de me trouver là. Impression d'être un personnage irréel dans un décor absurde, le port des menottes m'avait irrité la peau et de grosses marques rouges apparaissaient. L'idée de me jeter par la fenêtre m'avait effleurée mais merci les barreaux, idée étouffée aussitôt par une sensation de faiblesse car qui dit évasion dit mitard, et où aller...? Fuir ma famille... Une surveillante me prit en charge et me fit franchir l'atrium de la maison d'arrêt, impression d'ombre et d'enfermement, un relent d'humidité et de renfermé vint heurter mon odorat. L'hostilité qui suintait des murs épais irrita mon épiderme, d'un frisson de panique et d'étouffement.

"La surveillante-chef me fit franchir la pièce, un bureau de fer coupait la pièce en deux derrière celui-ci, elle s'assit et me posa des questions concernant mes droits civils, mon état de santé. J'étais suicidaire, parait-il, car quand les flics m'avaient annoncé mon état d'arrestation, je leur avais crié que j'allais me pendre! Et que je ne pouvais rester seule en cellule. Sur son bureau trônait un paquet de bonbons. Gourmande, me dis-je intérieurement... Un coup de téléphone interrompit les formalités d'accueil et me rendit à mes impressions, sensation d'être prise dans une souricière, d'être jetée dans un trou sans issue. Sensation d'être délestée de toute possession, d'être dépouillée de mes particularités d'individu, je n'étais plus qu'un nom, même plus un prénom, et j'étais devenue bien pire ! Un numéro d'écrou..."

 

Lire l'intégralité : Huffington Post (30/04/14)

 

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Lire aussi :

 

José Rambeau : Le choc du prévenu in Paroles de détenus, sous la direction de Jean-Pierre Guéno (2000)

 

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Et enfin, en prime : Le guide de l'arrivant distribué par l'Administration pénitentiaire à tout nouvel entrant !

 

Ministère de la Justice : "Je suis en détention" - Guide du détenu arrivant (cliquez sur l'image)

 

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Post publié le 03/09/13 mis à jour le 04/12/14

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