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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #parloir, #prison, #détenu

 

C'est tellement dur un premier parloir : on se retrouve sur une autre planète...

Voici le message d'Elisa, la maman d'Ilann, incarcéré à la Prison de Fleury-Mérogis. 

 

Elisa a écrit :

 

La première fois que je suis allée voir mon fils Ilann ce fut le choc. Je me doutais bien que le parloir allait être épreuve redoutable, mais alors là carrément : glauque à mort. Fleury-Mérogis. Une structure gigantesque. La plus grande prison d'Europe, « la prison modèle » (comme elle fut qualifiée lors de sa construction).

 

 

J'arrive devant la grande porte du bâtiment D2. Nous sommes une quinzaine de personnes à attendre. Des gens de toutes nationalités. Arrivée là, je m'écroule, toute mon émotion ressort face à mon cauchemar. Je ne dois rien laisser paraître. Je me dis : « Reprends-toi et vite ! ». Il ne faut pas que mon fils me voie dans cet état. Je serre les dents, je ravale mes larmes. Voilà : le vaillant petit soldat a repris le dessus.

 

La porte d'entrée du bâtiment D2 est un nid de crasse qui me laisse imaginer le reste de l'établissement. Au loin, j'aperçois les cellules, derrière les barbelés. J'entends les détenus qui appellent. Les cellules apparaissent sur la façade des bâtiments avec leurs fenêtres minuscules et leurs barreaux. Des barreaux partout. Mon cœur de mère se serre en imaginant mon fils de 19 ans là-dedans. Une fois de plus, j'imagine le pire.

 

« Elisa arrête ! Ici, on n'est pas aux Etats-Unis : on est en France Pays, au pays des Droits de l'Homme ! Calme-toi... Tout va bien se passer. »

 

Je passe à la fouille. A ce moment-là, plus aucune distance avec les autres personnes, nous sommes tous et toutes ici pareils : le cœur serré, venus voir nos fils, nos maris, nos pères. Je dois enlever ma ceinture que j'abandonne dehors : je m'en fous de cette foutue ceinture ! J'ai apporté des affaires pour Ilann que j'ai mises dans un sac de sport. Un agent me dit : « Ici, pas de sac de sport ». Il faut que je les mette dans un sac-cabas. Pourquoi pas dans des sacs de sport ? Je trouve ça débile mais je me pose trop de questions.

 

Les agents fouillent le sac, méthodiquement. Ils sont impassibles, robotisés. Encore quelques minutes et je pourrais serrer mon fils dans mes bras. J'ai hâte, et en même temps une trouille gigantesque. L'angoisse. Les portes se referment derrière nous. Un enfermement implacable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus que quelques minutes, je vais voir Ilann. J'entre dans une petite pièce. Il y a une autre porte vitrée. Je vois des jeunes qui passent devant. Je lève les yeux. Ilann et les autres se tiennent debout. Un devant chaque porte, les jambes écartées et les mains serrées dans le dos. Enfin il entre. , Nous tombons dans les bras l'un de l'autre.

 

Je chiale. Merde ce n’est pas le moment. Son pantalon est tenu par un lacet. On se serre très fort. Mon fils a perdu tous ses cheveux. Il me dit : « Maman, si tu vas bien, je vais bien… ». On parle, on rit, on pleure. Voilà, hop ! les trente minutes sont déjà passées. C'est fini. Déjà, il est parti et je m'accroche à la porte.

 

Je ressors du parloir. Je pleure. Tout le monde pleure. Je jette un dernier regard sur une des fenêtres encerclée de barbelés. Les barreaux des cellules me font froid dans le dos.

Là, j'ai un flash, un suite de souvenirs. Je revois la naissance d’Ilan, le chemin vers l'école, tout... 

 

 

Je me questionne encore : « Comment est-ce qu'on a pu en arriver là ! » Mon fils va fêter ses vingt ans dans cet enfer. Les gens déjà s'engouffrent vers la sortie. « Hé, ne me bousculez pas ! » Je suis pleine de larmes. 

 

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Lien vers

Elisa pour Ilann

 

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Trucs et trac au parloir

Ce lieu qui constitue le seul lien physique pour les proches et aussi un moment court, mais intense. Il peut être l’occasion de donner illicitement au détenu nourriture, objets de nature diverse et variée… Encore faut-il avoir passé la fouille minutieuse des matons...

Lire la suite : Bondy Blog (01/08/13)

 

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Lire et écouter : France Culture (23/04/09): Une semaine à Fleury-Mérogis  - Le Centre des Jeunes Détenus

 

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Commenter cet article

cyrill dardilhac 27/04/2016 13:23

on a obligé personne d'aller en taule merde

Charlotte1508 08/03/2015 22:35

Bonjour,
Premier parloir pour moi samedi prochain. Mon petit frère 24 est tombé cette semaine. C est trop dur !!! J ai déjà juste passe l épreuve du dépôt de vetement et je ne suis pas parvenue a contenir mes larmes. L épreuve du parloir j en ai la boule au ventre.

gigi 30/05/2014 23:41

Je sais se que vous vivait ,je vie la même chose que vous , mais j'attends de revoir mon fils , je veut le voir !!! Ils ont besoin de nous , je suis de tout coeur avec vous ,courage ils vont rentrer chez nous amicalement courage

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