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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #proches

Voici, racontée par la compagne d'un détenu, l'histoire d'une femme qui apprend, soudain, l'incarcération de son mari et qui décide, alors, de ne pas baisser les bras... Nous suivons ici ses premières démarches administratives, sa première visite au parloir...

 

*

*     *

 

Moi, Nadine, femme de détenu, une parmi les milliers d'autres qui sommes à la fois victimes de la peine de nos hommes mais trop souvent considérées comme coupables, je veux que vous sachiez...

 



 

Toute cette histoire commence en 2012, c'était en fin août...
 

C'est le soir, il doit être huit heures, JP me dit qu'il va faire un tour dehors... Je ne le reverrai que le lendemain soir où il rentrera enfin, escorté par des policiers...

Là, il feront une fouille complète de la maison : une perquisition où il ne trouveront rien... Voilà en bref. Mais ici je ne parlerai pas plus de l'affaire judiciaire. Ca, c'est une autre histoire...
 

 

Dès le lendemain, JP fut écroué aux Baumettes. Une mise sous écrous pour quatre mois, quatre mois renouvelables, comme je m'en rendrais compte...

 

 


 

A partir de là, me voilà impliquée dans toutes une série de démarches. D'abord une demande de parloir auprès du juge d'instruction chargé de l'affaire (quand l'incarcération est provisoire, et que l'enquête est en cours, l'autorisation de visite doit nécessairement passé par le juge d'instruction, qui l'accepte ou non...)

On me demande toute une liste de papiers et de justificatifs. Au bout de deux semaine, après avoir rappeler, j'apprends que mon permis de visite à été accepté.

Ensuite, il m'a fallu, appel sur appel, tenter de joindre les Baumettes : le service qui s'occupe des visites, afin d'obtenir enfin mon premier rendez-vous. Ce sera donc pour le début octobre.

Un mois s'est déjà écoulé. Un mois pendant lequel chaque jour, chaque soir, chaque matin je pleurais de mon côté, toute seule et sans nouvelle de lui.

 

Un mois à présent à attendre encore avant de le revoir.

 

 

Pourquoi moi ? pourquoi nous ? pourquoi, pourquoi ?


Enfin, arrive le jour de notre premier parloir. On va enfin se revoir. J'ai peur je tremble à l'idée de me rendre aux Baumettes. Je ne sais pas comment cela va se passer : je n'arrive toujours pas ce qui nous arrive...

Pour l'instant, je suis dehors, devant la porte de la prison, sur le trottoir, à attendre, entourée d'autres femmes, d'autres familles. Enfin l'heure du parloir arrive. Un surveillant nous appelle les un(e)s après les autres, cela se passe en pleine rue, à la vue de tous les passants...

Voilà, on m'appelle. Je tends ma pièce d'identité et je rentre dans les entrailles de la prison.

Toutes et tous, à la queue-leu-leu, nous traversons d'abord une petite cour intérieure où stationnent des fourgons cellulaires. Puis on entre dans une première salle, vétuste, grise et mal éclairée.

 

Je sens pour la première fois toutes les odeurs des Baumettes : odeurs de transpiration, odeurs de tabac, odeurs de café. D'autres odeurs aussi, plus âcres, mais je ne sais pas de quoi.


J'ai peur...


 

J'attends-là un moment avec les autres familles. Près de moi, une femme me demande si c'est mon premier parloir. Elle doit se rendre compte de mon trouble. Je lui réponds que oui. Par la suite, nous deviendront, elle et moi, copines.

Elle me dit qu'ici tout le monde à peur la première fois. Elle me rassure : « Suis-moi et n'aies pas peur, tout va bien se passer... »

On se presse les uns les autres devant un guichet où il faut remettre nos papiers d'identité. Les gens se bousculent. Je suis au milieu de ce monde infernal...

Finalement je me retrouve devant un surveillant qui prend ma carte d'identité. C'est un homme de couleur. Il a l'air gentil.

Après, il faut que j'aille déposer sur un chariot de fer le linge que j'ai apporté pour lui dans un grand sac...

Le parcours n'est pas fini. On s'enfonce plus loin encore. Je suis les autres comme une brebis suis le troupeau. 

(Illustration : Laurent Jacqua)           

               

Nous voilà dans une grande salle d'attente. Il y a sur le côté un coin-enfant avec une télé qui marche. En face, un bureau ouvert où des surveillants répondent au téléphone, sûrement pour les prises de rendez-vous. (L'un d'eux me dira plus tard qu'ils reçoivent jusqu'à 5000 appels par jour.)


Je me présente à eux, c'est une formalité d'usage pour les nouveaux-venus. Il me font une carte. Une carte toute blanche avec un numéro et un code-barre dessus.

Elle me servira à prendre mes prochains rendez-vous sur des machines électroniques.

 

Leur accueil est courtois. Ils me disent de ne pas stresser et que tout va bien se passer...

Puis on nous appelle, par le nom du détenu, on nous donne le numéro de notre parloir et puis on passe de l'autre coté de grandes grilles qui se referment sur nous. Je dois trouver à présent où se trouve mon box. Il y a 2 couloirs : un pour les numéros pairs, l'autre pour les numéros impairs. Arrivée dans le box, le surveillant referme et verrouille la porte.

 

Parloirs Photo G. Korganow

 

Le box mesure environ un mètre cinquante sur deux. Il y a une table et deux ou trois chaises. Parfois des tabourets. La saleté s'accroche jusque sur les murs.

Des schwing-gum sont collés sous les tables, sous les sièges. Les portes -vitrées - sont couvertes de traces de doigts, d'empreintes d'au-revoir ou d'adieux, peut-petre. En face, il y a d'autres parloirs.

Par dessus, on aperçoit des lambeaux de nourritures pendant sur les grilles. L'odeur est écoeurante. 

 

L'attendre encore quelques instants et puis le revoir


Dans un moment JP va arrivé. Quelques minutes encore qui durent une éternité.

 

La porte s'ouvre enfin, celle qui donne sur le couloir par où arrivent les détenus. Avec JP, c'est notre première rencontre depuis son incarcération. Je pleure, et en même temps je suis si heureuse de le revoir. Il pleure aussi...

Je le trouve maigri, le teint pâle. Deux mois s'étaient déjà écoulés. Entre-temps nous nous étions écrits. Des lettres où il me demandait pardon de me faire du mal.

Deux mois c'est très long...

Au fil du temps on prend l'habitude, un mois de plus, ce n'est presque plus grand' chose : d'autres mois ensuite s'écouleront encore, lui derrière les barreaux, moi à attendre chaque semaine le temps du parloir.
 

Quatre mois plus tard, son mandat de dépôt fut reconduit. Et en avril 2013, sa mise en accusation est tombée. Il sera jugé en Cour d'assises. Des mois passent encore. La date du procès est enfin fixé, ce sera en avril 2014. Je vais le voir chaque semaine, souvent deux fois par semaine...

 

LIRE LA SUITE : 

Moi, Nadine, Je veux que vous sachiez...​

 

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