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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #évasion, #maton, #avignon

"Prison : endroit d'où l'on s'évade"  Michel Vaujour

 

 

Voici le récit d'une évasion raconté par Alain H., ancien Surveillant.

 

C'était en 1999, en été, à la Prison d'Avignon. J’étais alors premier surveillant à l’infrastructure, le service qui s’occupe du travail des détenus, de l'affectation des cellules et de tous leurs autres petits tourments...

 

Un détenu, que j'appellerai Jules, était contremaître de l’atelier où on fabriquait des pièces en argile : des tuiles et des pots. Un jour je reçois de sa part une demande écrite d'un de ses collègues détenu : Elisa. Celui-ci indiquait qu'il souhaitait travailler dans cet atelier : (voir la pièce 1)

 

J'ai examiné sa demande et je l'ai soumise à mon chef. Il fallait bien son approbation ainsi que celle de différents autres services : l'avis du Chef de détention, l'avis du Surveillant-chef, l'avis des services sociaux éducatifs, un avis médical et, enfin, l'avis du directeur...

 

En fin de compte tous ces avis s'avérèrent favorables. C'est ainsi qu’une semaine plus tard, fin juillet, Elisa, ce 'bon' détenu fut classé – c'est-à-dire accepté à l'atelier. (Voir pièce 2)

 

Ce jour-là je faisais fonction de chef

Le lendemain, j'arrive vers 9 heures au bureau Audience-Détention, retenu par divers problèmes dans le service. 

 

Pendant ce temps, les détenus étaient déjà descendus à l’atelier, accompagnés par le gradé en poste.

 

Ce jour-là je faisais fonction de chef de détention (une fonction qui me plaçait juste en-dessous du directeur). M Dentes, le chef de détention (paix à son âme, il a rejoint le paradis) et mon chef direct, 'Rantanplan' (comme on le surnommait...), étaient tous les deux en vacances.

 

Au niveau hiérarchique, il n’y avait sur l'établissement que la directrice et moi pour assurer toutes les tâches d'encadrement, et elles sont nombreuses pendant la journée.

 

Installé au bureau Audience Détention, mon talkie en bandoulière, j’ai commencé mon travail en enregistrant les détenus libérables, puis j'ai commencé à traiter le courrier interne. J'ai reçu aussi quelques arrivants de la veille et organisé les changements d'affectation de cellules pour les détenus, comme cela se passe tous les jours de la semaine. La routine, quoi...

 

Une palette en préparation : la routine, quoi...

Un peu plus tard, l'Entrepreneur Guigou, un des concessionnaires extérieurs pour qui les ateliers produisaient les objets en terre cuite, me contacte - comme il était de coutume - pour qu'on lui prépare diverses tuiles et pendules en terre cuite. 

 

Tout était normal, c'était la procédure habituelle. Sa commande correspondait à la quantité d’une palette entière, lourde et bien pleine...

 

Vers 9 heures 45, on m'avertit par talkie que Guigou est arrivé à la porte. Il vient chercher sa marchandise. Il faut que j'y aille. J'enferme en attendant les détenus que je recevais en audience dans une cellule d’attente.

Je vais jusqu'à l'atelier pour chercher le détenu préposé à la manutention des palettes – un certain Lachine - afin qu'il se rende sur le quai avec moi.

 

Arrivé devant l’atelier, je vois Jules, le détenu-contremaître. Il me dit qu’il n'est pas bien, qu'il se sent mal. Je l'invite à remonter dans sa cellule. (Curieux quand même, je me dis après-coup, ce mal qui lui a pris au moment où un de ses collègues s’apprêtait à s'évader dans les minutes qui suivaient...)

 

La palette est chargée dans le camion : rien que de très normal...

 

Sur mes ordres, Lachine prend la palette chargée et bâchée et se dirige vers le quai. (La palette est couverte d'un film plastique comme à l’habitude.

 

Son volume correspondant bien à celui de la livraison que le concessionnaire venait cherchait régulièrement. Rien que de très normal, donc...)

 

Avant d'ouvrir la porte du quai donnant sur le chemin de ronde par où arrivent les camions, je prends les mesures habituelles pour ce genre de mouvement : ce qu'on appelle l'effet de sas, en faisant fermer les grilles en deux bouts du couloir pour que plus personne ne passe. L'endroit est sensible - puisqu'il donne sur le chemin de ronde et, au-delà, sur l'extérieur.

 

Lachine charge la palette dans le véhicule. Tout ça se passe en ma présence. Il n'y a là avec nous que le sieur Guigou qui venait réceptionner sa marchandise.

 

Je renvoie ensuite Lachine à l'atelier et puis le camion s'en va. Je retourne à mes occupations.

 

 

Vers 11h 20 la directrice m'informe que Guigou lui a téléphoné. Il a été obligé de s’arrêter en route. Un détenu est sorti de la palette et l'a menacé avec un couteau de fabrication artisanale. Guigou a été obligé de le conduire et de le déposer dans la zone commerciale du sud d'Avignon.

 

Elisa s'est fait la belle...

 

LIRE LA SUITE : UNE EVASION EN AVIGNON (2) CHERCHER L'ERREUR

 

(Tous les noms cités sont fictifs, mais l'histoire, elle est bien réelle. Texte écrit et validé par Alain H)

Pièces jointes :                                                                             RETOUR Texte

Pièce 1 :  Demande de travail faite par le détenu Elisa.  Pièce 2 :  Proposition de classement du détenu Elisa validée par tous les services. (Cliquez sur l'image pour agrandir) Pièce 1 :  Demande de travail faite par le détenu Elisa.  Pièce 2 :  Proposition de classement du détenu Elisa validée par tous les services. (Cliquez sur l'image pour agrandir)

Pièce 1 : Demande de travail faite par le détenu Elisa. Pièce 2 : Proposition de classement du détenu Elisa validée par tous les services. (Cliquez sur l'image pour agrandir)

Accès aux ateliers de la Prison Sainte Anne - Photos : André Castagnini

 

 

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ET BIEN D'AUTRES SUR :

LA BELLE ET LE PRISONNIER :

RECITS D'EVASIONS

 

 

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