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journal d'un détenu au quartier des "Isolés" - Prison des Baumettes à Marseille

Publié par Bruno des Baumettes
Publié dans : #évasion, #avignon, #maton

"Prison : endroit d'où l'on s'évade"  Michel Vaujour

 

Voici la suite du récit de l'évasion du détenu Elisa de la Prison d'Avignon racontée par Alain H., le maton...

 

Le détenu Elisa s'est évadé : la tuile ! Comment ? Pourquoi ? Par quelle ruse ? C'est ce que j'ai essayé d'expliquer...

 

Lire : Chapitre 1 : 

La Tuile ! Elisa s'est fait la Belle

Chapitre 2 : Chercher l'Erreur


Les conséquences immédiates
Lien vers : http://img.over-blog-kiwi.com/0/42/12/72/201310/ob_d92d9f_demande-de-travail-elisa0009.jpg
Madame Bouraque, la Directrice, a fait suspendre l’atelier. C'est le nouveau directeur qui les a remis en route trois mois après. Un agent a alors été affecté à sa surveillance.

(Le changement de directeur était prévu avant cet incident. Le départ de Madame Bouraque n'avait donc aucun lien avec l’évasion, mais on peut dire que l'arrivée d'un nouveau directeur est bien tombé...)


 

Une enquête a été diligentée                       


La directrice a diligenté une enquête à mon encontre, aidée par Rantanplan, un petit chef dont la devise semblait se résumer à « je suis toujours prêt à écraser tout le monde pour faire carrière...».
Leurs conclusions ont été transmises à la Direction régionale et jusqu'au Ministère de la Justice. 

 

Un an après, je suis monté à Paris pour répondre devant la Chancellerie de l’évasion d'Elisa.


Parallèlement, une autre enquête auprès des détenus a été menée par d'autres gradés de l'établissement. A ma connaissance, aucune enquête externe n'a eu lieu ou alors tellement discrète que je ne m’en suis pas aperçu.

Rien n'a pu être retenu contre les détenus, ils n'ont eu à souffrir aucune conséquence, si ce n'est de rester plusieurs mois sans atelier : en chômage technique, un quelque sorte...

La vie dans la prison a continué normalement, presque comme si rien ne s'était passé. De l'évasion, mes collègues n'en parlaient pas, du moins pas de manière officielle...

Mais officieusement, je suppose, beaucoup de mal sur mon compte : on ne change pas les mangeurs de charogne. 

Certains d'entre eux étaient pires que des vautours.


Rien non plus dans les médias, juste trois lignes dans le Provençal, le quotidien local. Rien..
 

Une demande d'explication

J’ai appris ma mise en cause par un imprimé de demande d’explication que m'a remise le jour même Madame Bouraque la Directrice. J’avais 48 heures pour lui répondre.

 

J'ai été convoqué dans son bureau. Elle m'a reçu seul l’après-midi même, après l’évasion, et m’a remis un formulaire. J’avais 48 heures pour lui répondre. Nous avons très peu échangé de mots. J'ai accepté tout ça : c'était normal qu'à la suite de cet événement je produise des explications.

 

Voici les termes de sa demande :
Lien vers : http://img.over-blog-kiwi.com/0/42/12/72/201310/ob_de7844_demande-de-travail-elisa0006.jpg
''Le jeudi xx.yy.1999, le nommé Elisa M., s’est dissimulé dans une palette et, c’est évadé dans le véhicule d’un concessionnaire de l’établissement.

Menaçant le chauffeur à l’aide d’un tournevis, il s’est fait déposer à la sortie d’Avignon.
En charge des ateliers, vos avez accompagné la palette jusqu’au camion.
De ces faits, il apparaît deux choses :
Vous n’avez pas contrôlé l’effectif des ateliers avant de laisser partir le camion.
Vous avez remonté les détenus sans faire l’inventaire des outils.

Veuillez vous expliquer.''

 

Et voici ma réponse :

''Madame,

Compte tenu des événements, je comprends très bien la demande d’explication qui m’est adressé
e.

Je n’ai jamais eu en charge la surveillance des ateliers. Je suis responsable du travail pénal, de la coordination avec les entreprises privées et de la répartition du travail à accomplir par les détenus.
Je suis comme il est mentionné sur certains documents « responsable du travail pénitentiaire ».
Vous n’êtes pas sans ignorer que l’atelier est sans surveillance depuis plusieurs mois, ci-joint une annotation sur le cahier des gradés en date du 27.05.1999. Auparavant un agent était en fonction en permanence à ce poste.
Le xx.yy.1999, les deux Surveillants chefs, messieurs Rantanplan et Dantès étaient absents pour cause de congés, j’avais la tâche de recevoir au bureau d’audience et de détention (BAD) les détenus en audience, accomplir les changements de cellules, ainsi que les placements des arrivants de la veille ainsi que d’effectuer sur le fichier de l’ordinateur le contrôle des libérables.
Comment est-ce possible d’effectuer une vérification alors qu’il n’y a pas de responsable direct de l’atelier ? Moi-même étant occupé à d’autres tâches.
Pour ce qui est de l’inventaire des outils, vous trouverez ci-joint le compte rendu que je vous avais adressé le jour même de cet incident.
Par ailleurs l’emplacement de l’armoire comprenant l’outillage, n’aurait peut être pas dû se situer à l’intérieur d’un atelier pénal sans surveillance active...
''


Pour écrire cette lettre, je me suis fait aider par le représentant syndical Force Ouvrière qui m’a soutenu du début à la fin.

C’est aussi grâce à lui que j’ai été relaxé. Je tiens à lui rendre hommage. Je tiens aussi à rendre hommage aux détenus de l’atelier qui ne m’ont pas enfoncé dans leurs déclarations.


Comme quoi les détenus peuvent être plus honnêtes que les personnels pénitentiaires, eux au moins, ils ont le sens de l’honneur.


 

Une réaffectation en forme de sanction


 

Sur décision de la Directrice, j'ai immédiatement été relevé de la surveillance des ateliers et mis en poste. La directrice m’a demandé de refaire des nuits et de m’occuper des promenades. Elle m'a affecté sur deux des quartiers les plus difficiles de la prison.

La directrice a voulu m'enlever des responsabilités, mais, c’est l’inverse qui s’est produit. La nuit et le week-end, le gradé est seul responsable : il encadre à la fois les surveillants, et il est chargé du greffe et de l'ensemble des détenus.

Ainsi, lors des services de nuit, j'étais de garde tout seul. Peut-être Madame Bouraque espérait-elle un autre incident ?
 

Même maintenant à la retraite, je m'en veux encore !

Je sais bien que je ne suis pas 'coupable' de cette évasion, pourtant, elle reste pour moi comme une plaie béante, comme si j'en avais été la première victime. 

Même maintenant à la retraite, je m'en veux encore !

Aurais-je pu me rendre compte que la palette pesait plus lourd que le poids prévu ? Mais, comparé au poids de la commande (une tonne environ), le poids d'un homme – 70 kilos de plus ou moins - sur un transpalette, ça revient au même.

Aurais-je dû en sonder l'intérieur avec un bâton ou soulever le film ?

Je me souviens qu'en manipulant le pont mobile sur le chemin de ronde, ce monte-charge de fer qu'on soulève avec une télécommande, j’ai manqué de faire tomber la palette et tout ce qu'elle contenait. 

Si cela était arrivé, je suppose que le fuyard aurait été surpris et son évasion bien compromise...


Officiellement j'ai été mis hors de cause dans cette affaire, au bout d'un an de procédure, j'ai été lavé de tout soupçon.

 

LIRE LA SUITE : UNE EVASION EN AVIGNON (4) LE PROCES

 
(Tous les noms cités sont fictifs, mais l'histoire, elle est bien réelle. Texte écrit et validé par Alain H.)
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ET BIEN D'AUTRES SUR :

LA BELLE ET LE PRISONNIER :

RECITS D'EVASIONS

 

 

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